Le Basculement du monde
De la terre, des hommes et du capitalisme
Michel Beaud est né en 1935. Il est enseignant et écrivain, spécialisé en économie. Il est diplômé de l’IEP et de la faculté de droit de Paris. Il a obtenu un doctorat d’État et il est agrégé en sciences économiques.
À travers ses ouvrages, Michel Beaud tente d’analyser et de comprendre les évolutions contemporaines. Il a travaillé notamment sur le capitalisme, le socialisme, les pensées et politiques économiques, les économies nationales et la mondialisation.
Le Basculement du monde
(La Découverte) est paru en 1997. Il a fallu à Michel Beaud moins d’un an pour écrire ce livre issu d’une réflexion personnelle datant d’une trentaine d’années.
En sept chapitres, il analyse ce « basculement » qui semble se produire à la fin du XXème siècle. Il s’agit d’une période de mutations, aussi diverses que profondes, que Michel Beaud tente de mettre en perspective en retraçant l’histoire de l’Humanité. Ces mutations touchent plusieurs secteurs, non seulement l’économie, mais aussi la société, la politique, ou même l’environnement.
Selon Michel Beaud, cette période peut être qualifiée de « basculement », par l’intensité des changements, mais aussi à cause des menaces qui pèsent sur l’Homme, la Terre ou l’Économie.
Bien qu’il date de 1997, cette ouvrage semble totalement d’actualité en 2009. Crise des valeurs, crise environnementale, crise économique : la réflexion de Michel Beaud se révèle exacte. Il offre ainsi une analyse profonde de cette crise sans précédent, dont les effets sont aujourd’hui concrètement ressentis.
En 2000, comme preuve de ses théories, il décide de publier Le Journal du basculement du monde(La Découverte), une chronique au jour le jour des évènements relatifs à cette mutation.
Une large partie du Basculement est consacrée à une réflexion de l’auteur sur les différents acteurs qui interagissent dans le monde, à savoir : la Terre, les hommes et l’économie. Ces trois grands acteurs forment des systèmes capables de s’auto-produire, ce qui leur permet de se renouveler.
Ce renouvellement entraîne des mutations. Ces changements ne sont pas récents. L’histoire de la Terre et plus récemment, celle de l’humanité, est constamment soumise à des changements. Cependant, durant les derniers siècles, ces mutations se sont accélérés, diversifiées, intensifiées, selon une courbe exponentielle.
Enfin, Michel Beaud ne se contente pas de constater ces faits. Il imagine des scénarios d’anticipation et propose des solutions afin d’éviter le pire.
De la Terre, des hommes et du capitalisme
Dans cet ouvrage, sous-titré De la Terre, des hommes et du capitalisme, Michel Beaud commence sa démarche analytique par une définition du monde. Le monde est le résultat d’une équation comprenant la Terre et l’Humanité. Le capitalisme, fruit de l’économie entre les hommes, compose le dernier élément de ce triptyque mondial. Les rapports entre ces trois éléments a profondément changé au cours de l’Histoire. Cette évolution n’est pas seulement due à l’interaction de ces éléments, mais aussi à leurs capacité à s’autoproduire.
L’autoproduction (ou autoreproduction) est avant tout un concept scientifique. En termes simples, il s’agit de la capacité d’un système à se renouveler lui-même. La capacité d’autoreproduction est une caractéristique d‘un système. Ce système participe activement à sa propre reproduction.
Le monde possède une certaine cohérence, c’est sa capacité d’auto-organisation.
Auto-organisation et autoreproduction sont essentiels dans l’évolution du vivant, des sociétés et de l’humanité.
Dans Le Basculement du monde, Michel Beaud préfère le terme de « totalité » à celui de « système » qu‘il juge trop abstrait. Il existe donc trois totalités, dont deux sont nécessairement présentes : la Terre et l’Humanité.
La reproduction de la Terre est entretenue par un des relations physiques, chimiques et biologiques.
La reproduction de l’Humanité a longtemps été cloisonnée. Les hommes se sont organisés en sociétés, à différents endroits de la planète, sans liens directs entre elles. Il s’agissait d’une reproduction simultanée de plusieurs sociétés. Actuellement, les frontières ont disparu et les sociétés interagissent entre elles, ce qui démultiplie l’effet de reproduction.
Quant au dernier élément, le capitalisme, il est le seul à posséder une forte capacité de reproduction et d‘expansion. En retraçant l’histoire du capitalisme, Michel Beaud décrit comment le capitalisme a conquis son autonomie. Il constate sa toute puissance face aux États qui, jadis, l’ont fait grandir. Le capitalisme, fruit des sociétés, a échappé à leurs créatrices.
Cette analyse, qualifiée de « triple reproduction », permet de simplifier un monde de plus en plus complexe. Michel Beaud définit ainsi le basculement du monde : « il y a basculement du monde si le passage rapide du monde d’un état à un autre se traduit par des changements majeurs dans les conditions de reproduction des totalités prises en compte, dans les rapports entre ces totalités et entre leurs reproductions ».
Les rapports entre ces totalités ont profondément évolué. Aux premiers temps de l’Humanité, les hommes avaient établi une harmonie avec la nature. Leurs besoins ne dépassaient pas le seuil de renouvellement de la Terre.
Ces trois processus de reproduction sont interdépendants. Mais actuellement,les sociétés humaines altèrent la reproduction de la Terre. Le capitalisme participe à la reproduction des sociétés tout en les déstabilisant. L’auteur propose un analyse du capitalisme qui, selon lui, a changé de forme à la fin du XXème siècle. Le capitalisme industriel a été remplacé par un capitalisme technologique. Les biens échangés ne sont plus utilisables à l’état brut mais doivent être combinés. Cela entraîne un système de monopoles contrôlés par des firmes multinationales toute puissantes. Ainsi, les inégalités se creusent et les changements s’accélèrent.
L’accélération des mutations
En 1000 ans, l’humanité est passée de quelques centaines de millions à plus de 6 milliards. Cette accélération est représentée par une courbe exponentielle. Michel Beaud remarque que cette courbe s’applique également à d’autres mutations.
Les besoins ont augmenté et se sont diversifiés. L’auteur les distingue en deux catégories : il existe des désirs nécessaires (boire, manger, dormir…) et d’autres superflus.
La maîtrise de la production est aux mains de firmes multinationales qui réalisent la quasi-totalité du chiffre d’affaires mondial. Si le taux de production s’est accrue, les richesses également. Ces richesses sont principalement concentrées dans les pays industrialisés de la Triade. Cependant, ces pays du Nord ne sont pas à l’abri de l’extrême pauvreté.
Même s’il n’y a pas eu de conflits majeurs depuis un demi-siècle, le monde reste secoué par le chaos. Guerres d’indépendances, conflits locaux, religieux ou ethniques, extrémismes et intégrismes… La fin du XXème siècle n’est pas exempt de violences. L’Humanité, pour la première fois de son histoire, est capable plus seulement de s’autoproduire mais aussi de s’autodétruire. L’absence d’un conflit nucléaire massif a été pour les historiens, une heureuse surprise. Des dangers planétaires menacent toujours les sociétés : maladies, virus, crise économique et sociale majeure, pollutions, réchauffement planétaire…
Michel Beaud dénonce aussi la toute puissance de l’argent : aujourd’hui tout se monnaye, même l’être humain. Clonage et autres manipulations génétiques sont le fruit de la technoscience.
L’enjeu est de taille. Le basculement évoqué par l’auteur ne représente pas seulement une accélération des mutations, mais un dérèglement du monde et des ses trois totalités : la Terre, l’Humanité et le capitalisme.
Des solutions pour éviter le pire
Dans sa course effrénée, le monde risque à tout moment de sombrer dans le chaos, anéantissant ainsi des siècles d‘efforts vers la perfection d‘un système. Pour Michel Beaud, le point d’équilibre ne sera trouvé que si l’être humain prends conscience de lui-même, de ses actes, et de ses limites. L’émergence d’une nouvelle « période axiale » est nécessaire. Cela fait partie des propositions qu’émet l’auteur afin d’éviter à l’humanité de foncer droit dans le mur. Pour lui, ce mur ne doit pas être contourné ou enjambé. La solution réside à l’intérieur du problème. Par une métaphore, il explique que les solutions se situent dans le mur, sous la forme d’une porte. Face aux nouveaux périls encourus par le monde, Michel Beaud encourage les sociétés à retrouver des valeurs, notamment le respect de la dignité humaine et celui de la nature.
La mondialisation, comme le capitalisme, est un phénomène de fond, et ne peut être totalement enrayée. Valeurs, responsabilité et sanctions doivent devenir les maîtres mots d’une croissance maîtrisée. Ainsi l’Humanité doit reprendre le contrôle de sa destinée. Michel Beaud indique plusieurs objectifs prioritaires : « Réduire les inégalités. Renforcer les liens de solidarité. Rendre prioritaire la satisfaction des besoins fondamentaux. Sauvegarder les ressources essentielles et les équilibres vitaux. Maintenir ou développer des aires de survie, de subsistance ou de vie à l’abri de la machinerie économique multinationale/mondiale. Pour ceux qui vivent dans l’aisance, limiter le désir de marchandises et le besoin de consommer. Limiter l’emprise de la technoscience. Trouver la voie d’un développement humain durable. Chercher comment passer de sociétés encastrées dans l’économie mondiale à des sociétés insérées dans le système du monde, mais d’un monde qui aurait ravalé l’économie au rang de servante des hommes. »
Un ouvrage d’anticipation
Écrit en 1997, Le Basculement du monde trouve un écho dans l’actualité du début du XXIème siècle. Michel Beaud n’est pas le premier à constater la venue d’une crise majeure. Dans cet ouvrage, il fait référence à d’autres penseurs su XXème siècle : André Breton, Herbert Marcuse, Edgar Morin… Tous présagent d’un avenir sombre pour l’Humanité.
En dix ans, cet avenir ne s’est pas éclairci. L’être humain semble doué de capacités inespérées. La science ouvre des perspectives immenses, autant est-elle capable de produire les pires catastrophes.
Les attaques terroristes du 11 septembre ont fait prendre conscience à l’opinion mondiale que le monde avait changé. Ère du terrorisme, ère de l’information, ère du capitalisme outrancier. La crise économique actuelle n’est pas seulement une crise du système économique. C’est également une crise de valeurs : les rapports entre les systèmes Terre, Humanité et capitalisme se sont déséquilibrés.
Maxime Davoust
Durant le temps d’une conférence, Rachid Arhab a évoqué son 






