Portrait : Un curé en campagne
janvier 9, 2008 par maxoujedi
Le prêtre Paul Oden a passé plus de soixante ans au service de l’Église
Beaumont le Roger, dans le département de l’Eure. La résidence de la Risle est une grande bâtisse construite le long d’une rivière dont elle a pris le nom. L’appartement du père Oden est situé au rez-de-chaussée. De sa fenêtre, il peut, à loisir, regarder les canards qui se reposent sur la pelouse, au bord de la rivière. Ce sont des habitués de la résidence pour personnes âgées. Chaque jour, on leur donne du pain. Les volatiles constituent un divertissement apprécié. Même le père Oden s’en amuse, dans son petit appartement. Cela fait déjà plusieurs années qu’il vit là, entouré de ses souvenirs. Le pan entier d’un mur est couvert de livres, religieux ou historiques, de fossiles et de reliques. À près de 90 ans, une canne à la main, et un sonotone à l’oreille, le père Oden est le dernier représentant d’un ordre en voie de disparition, celui des curés de campagne. Ils étaient autrefois l‘âme des petits villages. Aujourd’hui, les fidèles ont déserté les lieux de culte, un système automatisé fait sonner les cloches, et les clochers qui les abritent ne sont plus que des balises, indiquant, ici et là, l’emplacement d’un village.
En 2006, le prêtre a célébré les 60 ans de son sacerdoce, à l’occasion d’une messe en l’église de Beaumont le Roger, dans l’Eure. Lors de ce jubilé, par leur présence, beaucoup de paroissiens et amis du prêtre, ont montré leur attachement à leur curé. « J’ai été étonné. Je ne m’attendais pas à tant de monde » se remémore le père Oden. Ce jour là, ce dernier a notamment reçu la médaille de la ville, médaille qu’il montre à ses visiteurs avec une fierté à peine dissimulée.
Né en 1918, à Steenwerck dans le Nord, Paul Oden est issu d’une grande fratrie de huit frères et deux sœurs, dont il est l‘unique survivant. « Mes parents, mes frères et mes sœurs, ils ont tous été des exemples pour moi » considère t-il. Paul Oden fut ordonné prêtre le 29 juin 1946 par monseigneur Gaudron, à la cathédrale d’Évreux, dans l‘Eure. Puis, il fut vicaire pendant deux ans à Saint Taurin, près d’Évreux, avant d’être nommé curé de Faverolles la Campagne avec sept communes à desservir, puis dix en 1958. En 1980, après 32 ans passés à la tête de ces dix paroisses, Paul Oden fut nommé curé de Conches par monseigneur Honoré. Enfin, le 1er janvier 1997, sous des flocons de neige, le père Oden est arrivé à Beaumont le Roger où il y restera comme prêtre assistant.
« Je n’avais guère de repos » se souvient-il. « Sauf les dimanches après-midi et parfois le lundi. J’allais alors ramasser des fossiles ou des pierres taillées dans les champs. C’était ma récréation ! » Depuis sa jeunesse, Paul Oden nourrit une véritable passion pour la géologie, l’archéologie et la paléontologie, sujets sur lesquels il est intarissable. L’abbé Glory avait la Dordogne avec sa célèbre grotte de Lascaux. Le prêtre Oden aura la Normandie avec ses plaines et ses vallées. Il avait d’ailleurs crée un musée, à Faverolles puis à Conches, afin d’exposer ses trouvailles qu’il donna finalement au musée d’Évreux ainsi qu’à ses neveux. Il n’a gardé que quelques pièces de sa collection, qui ornent encore son appartement.
Un prêtre audacieux
Le père Oden aurait pu être qualifié autrefois d’avant-gardiste. Lorsqu’il exerçait, il célébrait la messe face aux fidèles, contrairement à la norme en vigueur à un certaine époque. Il a également fait partie des fidèles de Jean-Paul II qu’il considère comme « un bon pape », car selon lui, « il a rapproché les religions ». Paul Oden a d’ailleurs fait de la biographie de Jean-Paul II, un de ses livres de chevet.
À Beaumont le Roger, tous les habitants apprécient cette figure de la vie locale. Philippe Mathière, conseiller municipal de la ville, ne tarit pas d’éloges envers celui qu’il connaît depuis de nombreuses années. « Pour tout ce qu’il a fait, il mérite les remerciements de tous les Beaumontais. » Bien qu’il se soit toujours considéré, modestement, comme un simple curé de campagne, une des actions les plus remarquables du père Oden reste son implication dans la reconstruction, en 1952, de l’église de Berville la Campagne. Celle-ci avait été gravement endommagée par les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale. Le père Oden décida de rebaptiser l’église « Notre Dame de Fatima », en l’honneur de la Vierge apparue par plusieurs fois au Portugal, en 1917. Souhaitant faire connaître ce nom en France, le prêtre alla, avec une certaine audace, jusqu’à contacter Pie XII, le pape en personne. Celui-ci paya la statue en bois qui fut sculptée à Paris et qui orne toujours l’église. Le chemin de croix et l’autel furent, quant à eux, réalisés par les moines de l’abbaye du Bec-Hellouin, en Normandie.
Vœu de célibat oblige, Paul Oden, faute d’avoir eu des enfants, aura formé trois prêtres issus de ses paroisses. L’un d’eux, Jean-Louis Rattier, est parti comme missionnaire au Chili sous la dictature de Pinochet, où il fut le témoin direct d’exactions. Après un passage aux Etats-Unis, le disciple du prêtre reviendra finalement en Normandie où il exerce encore aujourd’hui dans la paroisse de Conches, dirigée autrefois par le père Oden. La boucle est bouclée.
« Partout j’ai été heureux d’être prêtre, serviteur et ami de mes paroissiens. » constate Paul Oden, après soixante ans passés au service de l’Église. Aujourd’hui, il assure encore le service religieux auprès de ses amis de la résidence pour personnes âgées. Le sacerdoce du prêtre n’est pas prêt de s’arrêter.
Maxime Davoust