Le présentateur de l’émission Faut pas rêver était l’invité d’une conférence à l’IUT de journalisme de Cannes
Un homme bien dans ses baskets, ou plutôt, dans ses chaussures de marche. Un look de bourlingueur, à la fois baroudeur et explorateur. Les pieds sur terre et les yeux tournés vers l’étranger. Ajoutez à cela une pincée d’humour, et vous obtenez un présentateur fier de son métier et de son émission, Faut pas rêver, diffusée sur France 3. Longtemps associée à la figure emblématique de Sylvain Augier, en 1999, l’émission s’est offert un nouveau visage avec l’apparition de Laurent Bignolas. Vendredi dernier, celui-ci a tenu une conférence devant les étudiants en journalisme de l’IUT de Cannes. De retour d’Argentine, l’air décontracté, le journaliste a répondu aux questions qui l’ont assailli, pendant près de deux heures.
À l’origine, Faut pas rêver fut classé, non pas comme une émission d’information, mais comme un programme de divertissement, d’évasion et de découverte. « C’est déjà une approche éditoriale », estime Laurent Bignolas. « On peut distiller des informations, mais surtout faire des rencontres, se balader, découvrir, et c’est ce qui peut nous apprendre des choses. » Conformément à cette ligne de conduite, Bignolas est plus attaché aux territoires et aux peuples, qu’aux pays et à leurs frontières. « Il y a un juste équilibre entre ce qu’on doit faire savoir et ce qu’on doit filmer. » Il se considère ainsi à mi-chemin entre information et découverte. Depuis 2004, l’émission a évolué : les plateaux et leurs invités se sont déplacés sur le terrain, à l’étranger.
« J’ai toujours été gâté par la vie professionnelle. » estime Laurent Bignolas. « Mais je vais pas passer mon temps à me flageller parce que j’ai la chance de voyager. Aujourd’hui je fais mon boulot en me disant : je vais pas proposer des vacances mais de la découverte à ceux qui peuvent voir ces programmes. Et j’ose espérer que ça leur apporte quelque chose. »
Le rêve, le voyage, et les embûches
Mais présenter une émission, où l’évasion et le rêve sont au premier plan, ne ressemble pas un parcours de santé. Les difficultés commencent souvent lors du choix du lieu de tournage. « Le choix d’une destination n’est en aucun cas un caprice », indique Laurent Bignolas. « La route de la soie, celle qu’on a suivie, ce n’est pas celle que j’aurai choisie. » Il arrive également au présentateur d’être en conflit avec le producteur de l’émission, Georges Pernoud. « Il me dit « tu me casses les pieds », pour rester poli. Il refuse de nous faire prendre des risques inconsidérés. »
Et pourtant, le risque, Laurent, il connaît et l’a déjà rencontré régulièrement au cours de ses voyages. Les étudiants en journalisme ont suivi, avec attention, le récit de ses péripéties en Birmanie, et les dangers qu’il a du affronter pour ramener la vidéo d’une confrère. « On a permis à cet autre reportage d’être diffusé. » Bignolas est aussi à cheval… sur l’éthique. Par trois fois, il a refusé de présenter des reportages « d’un parti pris très, très gênant. À d’autres moments, c’est moi qui me suis fait avoir. Il faut être aux aguets en permanence. »
Très attaché à la notion du service public, il craint que la suppression annoncée des publicités sur France Télévisions, entraîne des conséquences inattendues. « Il faut connaître les engagements et les intentions, il y a tellement de choses qui sont dans le flou. On n’est plus dans le rêve mais le domaine du risque. »
Ses projets ? « À part la retraite ? » réplique t-il, avec humour, aux étudiants en journalisme. « Je vous donnerai les contacts pour me faire virer… » Détrôner cet Indiana Jones de l’information ? Faut pas rêver.
Maxime Davoust