L’eau, une ressource menacée
Deux litres d’eau : c’est ce que chaque homme devrait boire chaque jour pour être en bonne santé. Simple ? Pas quand un habitant de la planète sur cinq n’a pas accès à l’eau potable. Bien qu’elle recouvre 70% de notre planète, seulement 0,5 % de l’eau est consommable et accessible à l’homme. Quelles soient inexistantes, asséchées ou polluées, les ressources en eau se font dramatiquement rares dans certaines régions du monde. Le Moyen-Orient, l’Afrique, l’Asie du Sud et l’Amérique latine sont les premières à « trinquer » à cause de cette pénurie. Moins de 50 % de leur population a accès à l’eau potable.
La faute à la mauvaise donne géographique mais également à d’autres facteurs sociaux, économiques et environnementaux. Car plus que l’érosion des ressources, c’est la dégradation de leur qualité qui pose problème. Dans les années 1970, la course à l’industrialisation et aux pratiques agricoles intensives a contribué à polluer durablement les ressources en eau. Rattrapés par des catastrophes écologiques, les pays du Nord cherchent aujourd’hui à rétablir des pratiques plus respectueuses de l’environnement, en mettant sur pied des programmes d’assainissement des eaux. Effet de mode ou réelle prise de conscience écologique, l’eau devient un sujet préoccupant mais sa question est souvent éludée. Exemple avec le Grenelle de l’environnement en France, à l’automne 2007. Aucune mesure adoptée sur l’eau n’a fait l’objet d’un calendrier strict et d’objectifs précis.
Au Sud, la progression de la pauvreté ne laisse souvent guère le choix. De trop nombreuses populations continuent d’adopter les solutions d’urgence plutôt que d’investir dans des systèmes de gestion durable.
Une prise de conscience internationale
Face à ce danger de pénurie d’eau, les organisations internationales ont pris les devants et multiplient les conférences afin d’obtenir de tous les pays des engagements politiques fermes et de résoudre ce problème mondial. Dans ses Objectifs du millénaire, la communauté internationale s’est engagée à réduire de moitié le pourcentage de la population mondiale n’ayant pas accès à l’eau potable d’ici à 2015. Pour améliorer l’approvisionnement et assainir les eaux pour 1,5 milliard de personnes supplémentaires, il en coûterait environ 180 milliards de dollars par an. La communauté internationale en consacre à peine la moitié aux projets liés à l’eau. Le pari est-il perdu ? Lors de la dernière semaine mondiale de l’eau, en août 2007 à Stockholm, les 140 pays présents ont affirmé clairement la nécessité d’un échange de connaissances et de technologies sur la gestion de l’eau entre Nord et Sud.
Se pose ensuite le problème de la surexploitation. L’accroissement de la demande et la destruction de ces ressources par l’activité humaine rendent aujourd’hui l’or bleu rare. Le XXe siècle a vu tripler la population mondiale. Une population, qui a goûté, dans un même temps, au confort de l’eau courante, de l’agriculture de masse et de l’ère industrielle.
Bilan de ce nouveau mode de vie : une multiplication par sept des prélèvements en eau. Et une diminution vertigineuse des ressources disponibles par habitant. En 1950, chaque individu disposait de 17 000 mètres cubes d’eau par an. En 1995, les ressources planétaires ne permettaient déjà plus d’assurer que 7000 mètres cube à chacun. A l’aube du XXIe siècle, les 6 milliards d’habitants de la planète utilisaient déjà 54% des eaux disponibles. Le rythme auquel nous puisons l’eau douce est aujourd’hui largement supérieur à celui de son rechargement naturel. La Mer morte est un triste exemple de cette surexploitation. Son niveau baissé de 10m en un siècle à cause de l’exploitation abusive du Jourdain par Israël, la Syrie et la Jordanie.
Des ressources polluées par les activités humaines
Irrigation des terres, arrosage, traitement… L’agriculture est responsable de 70 % des prélèvements d’eau dans le monde, contre 20 % pour l’industrie et 10 % pour les usages domestiques. En utilisant massivement des engrais et des pesticides chimiques, elle a durablement endommagé les cours d’eau. 70% des eaux souterraines sont polluées à cause de l’agriculture.
Les barrages, qui contribuent à l’irrigation, sont également nuisibles à l’eau. Ils réduisent l’écoulement des fleuves et rivières et détruisent les écosystèmes. Celui d’Assouan (en Egypte, sur le Nil) a provoqué la disparition d’une vingtaine d’espèces de poissons. Les barrages peuvent également assécher des lacs ou des cours d’eau. C’est le cas pour celui du Colorado (Etats-Unis), fleuve qui désormais n’atteint plus l’océan.
L’industrie, non plus, n’est pas en reste. Chaque année, elle rejette 300 à 500 millions de tonnes, de solvants, de boues toxiques et de déchets. 80 % de ces déchets dangereux sont produits par les Etats-Unis et les pays industrialisés du Nord. Les pluies acides sont une des conséquences de ces rejets et ont de plus en plus nocives à la flore environnante.
En investissant massivement dans le retraitement des détritus et l’assainissement des eaux, ces pays sont toutefois parvenus à réduire considérablement l’impact de cette pollution. Dans les pays en développement, 70 % des déchets industriels sont toujours rejetés sans aucun traitement préalable dans les cours d’eau.
Les experts tirent la sonnette d’alarme
Depuis le XXe siècle, 50% des zones humides (marées, mares, rizières) ont disparu alors que la déforestation ampute les forêts de quelques millions d’hectares chaque année. Ces écosystèmes sont pourtant essentiels à la préservation des cours d’eau dans le monde.
Moins de pluies dans les pays qui en manquaient déjà, plus de précipitations dans ceux qui en avaient déjà trop : voilà le scénario que nous propose le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), pour les 50 prochaines années.
Avec 20 % d’ondées en moins, les zones arides devraient connaître encore plus de sécheresse : leurs habitants disposent de moitié moins d’eau d’ici à 2050. Des épisodes extrêmes se manifesteront, à l’inverse, par des déluges au Nord et dans les régions tropicales, appelées à être de plus en plus victimes d’inondations.
Enfin, les maladies liées à la mauvaise qualité de l’eau tue aujourd’hui 5 millions de personnes. En Chine, en Inde ou en Indonésie, l’eau tue deux fois plus que le sida (choléra, méningite, diarrhées, etc.) représentent 60 % de la mortalité infantile dans les pays en développement. A ces maux s’ajoutent les maladies parasitaires liées à l’insalubrité de l’eau. La malaria tue un million de personnes par an. Vitale pour l’homme, l’eau peut aussi lui être mortelle.
La guerre de l’eau
L’eau représente un besoin nécessaire au développement de l’homme mais aussi des pays. Un État doit pouvoir subvenir aux besoins de sa population, de son agriculture et de toutes les infrastructures qui dépendent de l’eau. Gaspillage, pollution, les pratiques actuelles entraînent de nombreux pays dans l’impasse.
Le colloque qui s’est tenu au Mémorial de la paix à Caen, en 1999, était intitulé « la guerre de l’eau aura-t-elle lieu ? » ; signe que l’eau est devenue un sujet de préoccupation majeur. Selon certains experts, cette ressource pourrait représenter à l’avenir une menace pour la paix.
Les bassins fluviaux, et a fortiori les eaux souterraines, ignorent souvent les frontières dessinées par les hommes. 40% de la population mondiale partage des ressources en eau avec un pays frontalier. Les pays situés en amont des fleuves ont un avantage sur les pays en aval : ils peuvent maîtriser le débit du fleuve, prélever l’eau pour la consommation ou l’énergie en construisant des barrages.
Depuis longtemps, les gouvernements ont compris les avantages qu’ils pouvaient tirer de la maîtrise de l’eau. Entre le VIème et le Vème siècle avant J.-C., le pouvoir de Darius Ier s’exprimait à travers son jardin du paradeisos, quadrillé de canaux. Bien plus tard, en 1503, Machiavel établissait des plans, avec l’aide de Léonard de Vinci, afin de détourner le cours de l’Arno qui s’écoulait vers Pise (la cité rivale de Florence), la privant ainsi de son accès à la mer.
De nos jours, la population mondiale augmente et par la même occasion, les besoins en eau. Selon certains experts, les tensions basées sur l’eau, pourraient donc se multiplier. On compte actuellement une trentaine de conflits liés au manque d’eau. Le Jourdain au Proche-Orient, le Nil en Égypte, le Colorado en Amérique du Nord, le Tigre et l‘Euphrate au Moyen-Orient, la mer Caspienne, la mer d‘Aral… Toute la planète est concernée.
Première victime des conflits armés, la population subit également des carences en eau. La soif peut s’avérer plus meurtrière que les armes. Les systèmes d’approvisionnement, parfois connectés aux installations électriques, sont des cibles prioritaires en cas de guerre. Le droit international humanitaire protége, en théorie, les populations qui ne participent pas aux conflits. C’est ce que prévoit la Convention de Genève. Mais il n’existe aucune disposition législative afin de protéger les ressources vitales en eau.
Les premières conventions sur l’eau portaient sur l’utilisation partagée des fleuves comme voies navigables. La première loi internationale remonte à la fin du XIXème siècle. La doctrine Harmon proclame l’entière souveraineté d’un État sur les eaux situées sur son territoire. En réalité, cette doctrine n’est appliquée qu’en cas de surenchère entre États rivaux. Concernant la protection de l’environnement, l’Assemblée des Nations Unies a adopté, en 1997, une convention sur « le droit relatif aux utilisations des cours d’eau internationaux à des fins autres que la navigation ».
Conférences, forums internationaux, commissions du Conseil mondial de l‘eau… Depuis plus de 20 ans, les rencontres se succèdent mais les actions concrètes ont du mal à voir le jour.
La pollution, l’accès à l’eau potable, suscitent l’inquiétude de tous les pays, y compris ceux du Nord. Le réchauffement planétaire participe à une prise de conscience mondiale et incite les États à élaborer une stratégie mondiale afin de gérer la précieuse ressource. « Jusqu’à ce que la douleur le lui enseigne, l’homme ne sait pas vraiment quel trésor est l’eau. » disait Lord Byron. L’eau est tellement vitale qu’elle pourrait faire à l’avenir l’objet d’un consensus mondial.
Des solutions pour éviter les carences
Afin de lutter contre la pénurie, il existe des solutions à court terme. La planète offre des ressources cachées, encore méconnues. Mais la recherche de nouvelles nappes phréatiques nécessite des investissements importants. Les réserves souterraines ne s’arrêtent pas aux frontières, n’en déplaise aux pays qui refusent de partager avec leurs voisins. La « course au pompage » est lancée. Les aquifères transfrontaliers pourraient devenir le théâtre d’une concurrence sans merci.
Recenser les ressources souterraines à l’échelle planétaire, afin de désamorcer d’éventuels conflits, c’est ce que propose l’ISARM. En Afrique, cette cartographie n’existe pas. Dans les régions sèches comme la Mauritanie, 80% de l’eau utilisée provient des nappes phréatiques. Même dans des régions plus humides, la dépendance envers les sources souterraines est croissante, en raison de l’aggravation de la pollution des eaux de surface. Si les eaux en sous-sol constituent une source fixe et donc relativement fiable, elles sont en revanche très sensibles à la pollution. En raison de la lenteur de son renouvellement, il est presque impossible de purifier une nappe phréatique.
Après la récolte des données, l’étape suivante sera celle de la collaboration internationale. Le but sera de mettre sur pied une gestion commune de la ressource, tout en en protégeant l’environnement.
De récentes recherches ont fait apparaître l’existence d’une nappe phréatique géante qui s’étend sur plusieurs pays : la Libye, l’Égypte, le Tchad et le Soudan. Estimée à 120 000 km³, cette réserve exceptionnelle est composée d’eau fossile, vieille de plusieurs millions d’années. Là où s’étend aujourd’hui un immense désert ; 10 000 ans plus tôt, une savane luxuriante recouvrait la région. Depuis 3000 ans, les pluies ont cessé et ont laissé un héritage convoité. La Libye a entrepris de l’exploiter dès 1991, en construisant de toute pièce une « grande rivière » totalement artificielle, initiant ainsi le plus grand projet d’ingénierie civile au monde. Cette infrastructure sert à transporter l’eau à travers le désert sur une distance de plus de 4000 km. L’objectif de cette installation est d’acheminer l’eau vers la côte où vit la majorité de la population libyenne. Dans les prochaines années, suite aux accords passés avec le gouvernement français, une usine de dessalement d’eau de mer devrait enrichir la capacité de production de la Libye.
Le financement de l’or bleu
L’accès à une eau potable est une condition fondamentale au développement des pays du tiers-monde. Faut-il privatiser la gestion de l’eau pour améliorer sa distribution ?
Malgré sa rareté, l’eau, en elle-même, n’a aucune valeur commerciale. Il n’existe pas de « marché de l’eau », à proprement parler, mais un « marché de services » chargé d’en assurer la distribution.
En raison des coûts d’acheminement, l’eau est prélevée localement. Longtemps considérée comme un bien commun, pour diverses raisons (équité, droit, tradition, religion), elle a gagné le titre de « bien économique » en 1992, lors de la conférence de Dublin. Cette déclaration a eu pour but d’officialiser une situation déjà existante. Depuis, les tentatives se sont multipliées afin d’inscrire l’accès à l’eau comme un droit de l’homme.
Actuellement, les financements proviennent majoritairement du secteur public. On note toutefois une tendance à la hausse concernant le secteur privé. Les investissements privés sont passés de 45 milliards de dollars en 1990, à près de 250 milliards en 1996. Peu abordé lors des rencontres internationales, l’argent semble être un sujet tabou. Les chiffres délivrés indiquent que l’agriculture mondiale est largement subventionnée par les impôts. Même constat pour les services d’eau et d’assainissement.
Les principaux opérateurs privés sont des entreprises françaises : Vivendi Waters, Suez-Lyonnaise et SAUR (filiale de Bouygues). Ce sont des spécialistes de la gestion déléguée. D’autres entreprises sont propriétaires de leurs infrastructures et restent encadrés financièrement par des régulateurs. D’autres encore sont des entreprises municipales qui vendent leur savoir-faire, via des filiales spécialisées. Enfin, de grands groupes (dont Veba et Rheinische Westfällisches, deux entreprises allemandes) appartenant au domaine de l’électricité, se sont glissés dans le marché de l’eau. L’ouverture au privé, qualifiée de « modèle à la française », a l’avantage d’offrir une certaine souplesse, une capacité à s’adapter aux différents contextes nationaux.
Les populations qui souffrent de carences en eau, ne peuvent pas financer elles-mêmes leur approvisionnement. Une des solutions consisterait à minimiser le coût des services en mettant en place de techniques simples et économes. La desserte individuelle est considérée comme une norme dans les pays occidentaux. Or, distribuer de l’eau au robinet nécessite une chaîne de production et des réseaux complexes très coûteux. Il est plus facile de développer et d’améliorer les puits, fontaines et autres sources collectives. Dans le même temps, il est indispensable de créer des organismes de gestion locale, chargés de repartir l’eau équitablement. Ce système existe déjà dans beaucoup de pays. Au Mali, la gestion a été confiée aux collectivités locales afin d’éviter la corruption au niveau gouvernementale. Malgré cette volonté de transparence, ce sont désormais les chefs locaux qui détournent les fonds versés par des populations déjà très pauvres.
Le problème est de répartir les dépenses liées à l’eau selon les revenus des individus. Le Conseil mondial de l’eau a préconisé, en 2000, d’augmenter les financements de 100 milliards de dollars par an, soit presque le double du financement actuel.
Les rencontres internationales font apparaître un espoir de paix ainsi que bon nombre de pistes pour améliorer les réseaux de distribution et limiter la pollution. L’eau doit être exploitée de manière rentable et équitable, tout en assurant à tous un accès à cette ressource essentielle.
La mer d’Aral, un désastre écologique
Photographie satellite de la Mer d’Aral en 1989 et en 2001, source CNRS
La mer d’Aral est un des symboles les plus parlants des ravages que peut faire l’humain, quand il décide de dominer les éléments au mépris des règles qu’impose la nature. Située à l’Est de la mer Caspienne entre le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, sa superficie initiale était de 64 000 km². Aujourd’hui, la mer d’Aral ne compte plus que 35 000 km².
Dans les années 1950, les planificateurs de l’Union soviétique décidèrent d’accroître fabuleusement la production de coton dans le désert d’Ouzbékistan. Ils ordonnèrent le détournement massif de la quasi-totalité des 55 milliards de mètres cubes d’eau que les rivières Amu Dar’ya et Syr D’ar (situées au Kazakhstan) déversaient chaque année dans la mer d’Aral. Il en résulta une catastrophe écologique sans précédent.
Jadis quatrième plus grand lac d’eau douce dans le monde la mer a perdu depuis 1960 la moitié de sa surface, les trois quarts de son eau, la quasi-totalité de ses zones humides et de sa faune. 20 espèces locales de poissons sur 24 ont disparu.
La pêche, d’un volume annuel de 40 000 tonnes, dont dépendaient 60 000 emplois est tombée quasiment à zéro. Le fond du lac s’est aujourd’hui transformé en 150 millions de tonnes, d’un mélange toxique, composé de terre, de sel et de résidus de pesticides sur lesquels sont échoués des centaines de bateaux, vestiges d’échanges commerciaux autrefois florissants.
Emportés par les vents et dispersés sur les terres agricoles voisines, ces composés ont altéré, voire complètement détruit les cultures, contaminé l’air et l’eau potable, sources de maladies endémiques. Dans la région, les cancers de l’œsophage se sont multipliés par quinze et la mortalité infantile est trente fois plus élevée qu’auparavant.
Les scientifiques estiment qu’il est impossible de ramener le système éco-biologique au niveau de 1960. Ce processus durerait des siècles. La situation exige des projets de secours urgents tels que l’arrêt de l’alluvionnement, la stabilisation de l’écosystème, et une aide à la population.
Depuis 1997, Médecins sans frontières s’engage dans le service de santé, notamment dans la lutte contre la tuberculose. Malheureusement, leurs moyens sont limités.
Plusieurs associations dont le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) et l’Association Internationale « for the promotion of cooperation with scientists from the new independant states of the former Soviet Union » (INTAS) ont conjointement lancé un appel international pour la mise au point de projets d’aide et d’assainissement.
Pourtant, de nos jours, le clapotis des vagues se fait à nouveau entendre dans de nombreux endroits autrefois désolés et conquis par l’herbe folle. Des bateaux de pêche ont même repris la mer, ramenant à nouveau limandes, daurades et barbeaux vers le port.
L’explication d’un miracle
A quoi cela est-il dû ? Apparemment à l’association de pêcheurs Aral Tenesi (la Mer d’Aral), représentée par une femme, Zhannat Makhambetova. En 1977, devant l’ampleur de la catastrophe, son père quitta la région pour pêcher sur le lac Balkhach, à l’est du pays. Il refusa que sa famille le suive, dont Zhannat, alors âgée de dix ans. Quelques années plus tard, la jeune femme milita pour la cause de cette mer menacée. Ses revendications ne furent pas vaines. Zhannat attira l’attention des autorités et du monde, par le biais de l’ONU.
Une digue entre les deux bassins entre lesquels s’était réduite la mer d’Aral fut ainsi construite à partir de 1989. L’idée : empêcher les eaux apportées par le Syr D’ar de se perdre dans le sud du Kazakhstan. Mais la construction est stoppée lors de l’effondrement de l’URSS en 1991.
Les travaux reprirent et s’achevèrent enfin en 1996. Le financement provenait des dons des habitants de la région. Tous avaient accepté de donner 1 % de leurs revenus, se souvient Zhannat Makhambetova. Et le miracle se produisit : la mer se remplit à nouveau et le niveau remonta lentement. Jusqu’en 1999, où une tempête détruisit l’ouvrage.
Le gouvernement kazakh conclut alors un accord avec la Banque Mondiale, et obtint un subside de 85 millions de dollars qui permit de reconstruire la digue, plus solide, ainsi que plusieurs ouvrages de régulation d’eau. L’ensemble du dispositif fut mis en route en 2005. La mer d’Aral se remplit à nouveau, à un rythme qui étonna les experts par sa rapidité. Autre exemple de cette renaissance : en 2006, les pêcheurs ramenèrent plus de 2000 tonnes de poissons dans leurs filets.
“Les différents travaux ont permis d’ajouter environ 1,3 milliard de mètres cubes aux quelques 3 milliards qu’apportait annuellement le Syr D’ar“, annonçait fièrement Joop Stoutjesdijk, coordonnateur de l’intervention de la Banque mondiale.
La deuxième phase de l’opération peut maintenant débuter. Elle prévoit une nouvelle digue pour le bassin d’Aralsk, au sud, et de nouveaux travaux afin d’encore augmenter encore le débit du Syr D’ar. La ville d’Aralsk devrait ainsi redevenir un port en 2011. Preuve qu’une catastrophe écologique n’est pas forcément irréversible, si l’on se donne la volonté d’agir.
L’eau : un acteur du conflit israélo-palestinien
Du fait de sa rareté, l’eau incarne un rôle majeur dans le conflit entre Israéliens et Palestiniens.
Jérusalem est une ville soumise au climat méditerranéen, caractérisé par des étés chauds, secs et des précipitations fortes durant l’automne et l’hiver. De mai à septembre, la sécheresse sévit dans toute la région. Au sud du pays, dans le Néguev, le climat est désertique. Les ressources en eau proviennent du Mont Hermon et du fleuve Litani, au sud du Liban, ainsi que du Jourdain et du lac Tibériade. En 1921, Chaïm Weizmann, président de l’organisation sioniste mondiale, déclarait : « Même si la totalité du Jourdain et du Yarmouk se trouvait incluse dans la Palestine, il n’y aurait pas assez d’eau pour satisfaire nos besoins. »
Que ce soit en Israël ou dans les territoires palestiniens, la densité de population et l’accroissement démographique sont exceptionnellement élevés. Rien que dans la bande de Gaza, on compte l’une des plus fortes densités au monde, soit 4 454 habitants au km². Face à cette pression démographique, un approvisionnement efficace en eau est un enjeu vital.
Dans les années 50, Israël entrepris la construction d’un canal pour contrôler le Jourdain et pomper une partie de son débit. Depuis 1964, ce « grand canal national » dévie l’eau du lac Tibériade vers le désert du Néguev, sur une distance de 248 km.
Toutes ces opérations se sont déroulées sans l’accord des pays arabes. Israël a ainsi violé les règles du droit international, en déclarant l’eau comme « bien national ». Les Palestiniens sont autorisés à creuser des puits jusqu’à 300 mètres, 700 pour les colons israéliens. Des compteurs d’eau contraignent les Palestiniens à rationner leur consommation. Près de 130 villages palestiniens ne sont toujours pas raccordés au réseau. De plus, celui-ci délivre souvent une eau impropre à la consommation, ce qui n‘est pas le cas en Israël. La pénurie et la mauvaise qualité de l’eau favorisent la propagation de maladies.
Les deux pays sont tous deux de grands consommateurs d’eau afin de subvenir aux besoins de leurs agricultures respectives. En Israël, l’eau représente un fort symbole politique, tandis qu’en Palestine elle sert de base à une agriculture de subsistance.
En empiétant sur les territoires arabes, le mur, appelé « barrière de sécurité », édifié par Israël depuis 2002, n’a fait qu’empirer les difficultés d’approvisionnement pour les Palestiniens. En confisquant 12 % des terres à ces derniers, Israël s’est approprié 60 % de l’eau en Cisjordanie.
Résultat : les Palestiniens sont contraints de faire appel à des sociétés privées pour acheminer l’eau, puisée à partir de sources publiques. En Palestine, le prix de l’eau est fixé à 2 € le m³, un prix comparable à celui de la France. À ceci près que le niveau de vie en Palestine est 15 fois moins élevé que dans l’hexagone. Les colons israéliens bénéficient, eux, de subventions et ne payent que 50 centimes d’€ le m³.
« Sans accord pour l’eau, il n’y aura pas d’accord » avait déclaré l’ancien Premier ministre israélien, Yitzhak Rabin, avant son assassinat. L’État israélien n’a pas attendu de conclure d’accords pour s’approprier les ressources en eau. Si aujourd’hui, Israël a les moyens d’assurer son approvisionnement, demain, par les effets conjugués de la pollution, de la surexploitation, voire même du changement climatique, l’eau deviendra une denrée rare. Le partage de l’eau en Israël reste donc un enjeu majeur dans la résolution du conflit avec la Palestine.
mercii pour ce texte !
grâce à ça je vais avoir une bonne note à mon devoir.
Donc … mercii !
c’est triste de voir ce que va devenir le monde si on ne fait rien …
Votre texte est vraiment trés enrichissant, grasse a vous ma leçon est a présent complet.
Merci de partagé votre savoir et vos informations…