Durant le temps d’une conférence, Rachid Arhab a évoqué son parcours en tant que journaliste, son travail au CSA, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, sa vision actuelle des médias, ainsi que les quelques anecdotes qui jalonnent sa carrière. Invité par l’IUT de journalisme de Cannes, il a répondu aux questions des étudiants avec sa neutralité estampillée CSA et son franc-parler de journaliste.
À 52 ans, le teint mat et les cheveux grisonnant, Rachid Arhab, c’est un visage connu de tous. Avant de devenir un des présentateurs vedettes du journal de France 2, Rachid Arhab a d’abord travaillé en régions pour France 3. En 1985, il rejoint le service politique intérieure sur Antenne 2. De 1992 à 1994, pendant la période estivale, il présente le JT de France 2. Grand reporter pour Envoyé spécial et Géopolis, il devient rédacteur en chef adjoint du 13h. En 1998, il inaugure une nouvelle formule en présentant le journal conjointement avec Carole Gaessler. En 2000, le duo est plébiscité par le public, et Rachid Arhab reçoit le 7 d’or du meilleur présentateur, un mois et demi après son débarquement soudain de l’antenne. Explication de l‘intéressé : « Il y a une directrice qui est arrivée, qui s’appelait Michelle Cotta, et qui m’a viré. » En 2006, il reçoit le grade de chevalier de la légion d’honneur. « Je suis le seul chevalier de la légion d’honneur, qui ne l’ait pas reçue, avoue le récipiendaire. Je l’ai juste sur le papier. » Malgré ce grade honorifique, Rachid Arhab reste modeste. Preuve en est sa voix discrète, face à un public sans cesse à l’écoute. « J’ai la culture kabyle. On m’a appris à être un garçon discret, à ne pas fanfaronner. » Enfin, en janvier 2007, sur décision de Jean-Louis Debré, à l’époque président de l’Assemblée nationale, il devient membre du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel.
Une vision particulière des médias
Mais quand il tombe son costume étriqué de membre de CSA, Rachid Arhab sait se montrer critique envers les médias français, en particulier la presse écrite. Selon lui, « les Français n’ont pas besoin d’une presse d’opinion. » La proximité, la pluralité des opinions, Rachid Arhab l’a pratiquée pendant plusieurs années dans son émission itinérante J’ai rendez-vous avec vous. Grâce à des concepts innovants, Rachid Arhab fait partie de ceux qui ont essayé de faire évoluer la télévision. Désormais, en tant que membre du très officiel CSA, il continue à la faire évoluer, de l’autre côté du petit écran.
Pour autant, son nouveau job ne l’empêche pas de s’intéresser aux autres médias, en particulier la presse écrite. « On tape tout le temps sur la télé, constate t-il. J’aimerais bien qu’on prenne cinq minutes pour taper sur la presse écrite. Il faudrait qu’elle balaye sur le pas de sa porte. » L’ancien journaliste a visiblement une dent contre Libération qui l’a qualifié de « colifichet pluraliste », dans un article à propos de sa nomination au CSA. Le journal a estimé qu’il y représentait la caution de gauche. « Libération se pose souvent en donneur de leçons, et en reçoit très peu. » Alors, Rachid Arhab : de gauche ou de droite ? Les étudiants de l’IUT sont restés sans réponse. Avec lui, pas de récupération politique. « J’ai eu des explications très sérieuses avec la gauche. Je ne suis pas une marchandise. Je suis un être humain. »
Sujet incontournable de la conférence : la discrimination positive. Quand on aborde la question, Rachid Arhab réponds d’abord par un long silence. « On ne m’a pas choisi parce que je m’appelais Rachid Arhab. Harry Roselmack oui. » Dans un excès de franchise, l’ex journaliste ne mâche pas ses mots avec son ancien confrère. « J’ai de la peine pour lui, j’aimerais pas être à sa place. Sa carrière est extrêmement plombée. Je pense qu’on ne peut pas être le porte-parole d’une communauté. »
Refuser la ghettoïsation, rendre les minorité visibles de manière naturelle, tel est la ligne de conduite de Rachid Arhab. Alors, ne lui parlez plus de discrimination positive. Un jour, quelqu’un lui a même proposé de changer de nom. Conseil d’un certain monsieur Goujat.
Maxime Davoust