“Intouchables” sera sans doute un des plus gros succès du cinéma français. Retour sur un phénomène de masse, qui fédère au delà de nos différences.
En arrivant dans la salle de projection, première surprise : elle est comble. Des centaines de spectateurs sont venus, attirés par une bande-annonce alléchante et un bouche à oreille flatteur. “Encore une comédie sociale dont les seules bonnes répliques, les plus drôles du film (et peut-être les seules), sont dans la bande-annonce…” me dis-je, sceptique.
Faute de places au milieu de la salle, je m’installe sur le côté. “Peu importe, c’est un film d’auteur, avec des plans et des images merdiques“, me dis-je encore pendant que les pubs pour des glaces et autres confiseries défilent à l’écran.
Le film commence… et inquiète. Dès la première scène, une certaine angoisse monte. On s’attend à un drame, un dénouement tragique.
C’est vrai qu’en lisant le pitch, il n’y pas de quoi rire. Lui est handicapé à vie, cloué dans un lit ou dans un fauteuil roulant. L’autre est noir, pauvre et vit dans une cité dite “sensible”.
Pas de quoi se réjouir. Et pourtant, on rit beaucoup… parfois même jusqu’à en pleurer. Et on ne rit pas pour se moquer, on rit de leurs différences, du fossé immense qui sépare ces deux êtres humains que tout ou presque différencie, cette “fameuse fracture sociale” qui fut un thème de campagne d’un ex Président de la République.
Si les rires fusent durant de nombreuses scènes, les sentiments profonds sont toujours présents. Aucune scène n’est inutile. Le spectateur ne rit ni ne pleure sur commande.
De plus, les images sont assez soignées, les scènes bien pensées et le scénario, contrairement à ce que disent certains détracteurs, tient la route. Pour ce qui est de la crédibilité de l’histoire, on ne peut qu’être au plus près de la réalité. Le film est tiré d’une histoire vraie : Abdel et Philippe, ceux qui ont inspiré les deux personnages, Driss et Philippe, joués par Omar Sy et Françaois Cluzet, apparaissent même à l’écran, en guise de clin d’oeil final. Certes, les deux personnages peuvent paraitre caricaturaux, mais c’est inévitable, lorsque l’on pointe du doigt des clichés.
D’autre part, Driss et Philippe, à travers leur rencontre, vont se nourrir l’un de l’autre et évoluer dans leurs mentalités.
Les raisons du succès
Un bon film “à la française” assurément, mais comment expliquer un tel succès ? Pour obtenir la réponse, il suffit d’analyser un autre succès récent du cinéma hexagonal,”Bienvenue chez les Ch’tis”, avec près de 20 500 000 entrées. Prenez un duo d’acteurs, deux personnages au profil radicalement opposé, et représentatif d’un certain nombre de Français. Certes, tout le monde n’est pas Provençal ou Ch’ti, riche handicapé ou pauvre noir. Mais à eux seuls, le duo symbolise nos différences et nos préjugés.
Tout comme “Bienvenue chez les Ch’tis”, “Intouchables” est un film rassembleur, il fédère au delà des milieux sociaux, de la couleur de peau, du compte en banque, ou de la santé des uns et des autres.
De nos jours, où certains hommes politiques tentent de monter les Français les uns contre les autres, à l’heure où les avis divergent sur la solution pour sortir de la crise, il est bon de se retrouver autour d’un événement fédérateur.
Non seulement, “Intouchables” nous touche profondément, mais il fait appel à notre seul point commun : notre humanité. A la sortie, tous les spectateurs vous le diront. Ils se sentent changés. Peu de films ont ce pouvoir.
Et avec déjà plus de 10 millions d’entrées, le phénomène ne cesse de s’amplifier. Quelques semaines après sa sortie, le cinéma que je fréquente était encore comble.
Bref, un succès mérité.
“Intouchables”, voir la bande-annonce